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    Une arène intérieure et intimiste au milieu de laquelle apparaît Victoria Legrand dans une obscurité baignée de lumière bleue. Marie m’accompagne, nous sommes au premier rang et à une personne près, Alex Scally. Les premières sonorités de Walk in the Park retentissent, sa voix démarre et vacille. La musique s’arrête, elle quitte la scène. J’écoute la conversation entre Alex et mon voisin direct, je comprends qu’il vient de divorcer de Victoria et que, la regarder chanter lui est atrocement douloureux. Mais il dit qu’il continuera Beach House, quoiqu’il en soit. Son visage dépeint une tristesse infinie. Victoria réapparaît sur la scène pour entonner Lemonade, la cover de Gucci Mane. J’ai des frissons. Deux femmes noires discutent bruyamment derrière nous. Marie me tapote sur l’épaule pour prévenir qu’une d’elles vient de coller son chewing gum dans le col de mon manteau. Je me tourne vers elle pour lui demander si elle a perdu quelque chose et d’un geste appuyé, je lui rend sa pâte collante. À la fin du show, quand les lumières se ravivent et que la scène a été désertée, je me dirige vers les deux femmes et leur fait la bise, sans rancune. On descend de grands escaliers métalliques, le vide est sous nos pieds. Le dernier étage est mouvant comme une vieille passerelle avec des marches verticales, mouvantes elles aussi, j’appréhende. Le rez-de-chaussée gagné, il nous faut récupérer nos affaires au vestiaire. Marie dit qu’elle n’a plus un rond, qu’elle a payé 99 euros un truc à Lisa et qu’il ne lui reste rien. Lisa est là, elle cherche quelques pièces dans son porte-monnaie, elles s’éloignent. J’attends. Près de moi, un grand escalier en marbre avec une immense rambarde en bois massif sur lequel est accoudée Elsa de PBLV. Je la salue et échange quelques mots avec elle. Elle est infiniment triste.


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    Voilà ça y est, Stockholm. En un clin d’oeil, j’ai changé d’appart, de ville, de pays, d’âge et même de décennie. Un tout-d’un-coup super violent palpitant.

    Il y a d’abord eu le rassurant trajet jusqu’à Heathrow, qu'à force, je commence à connaitre comme ma poche. Et puis, ça s’est soudainement corsé une fois devant la porte d’embarquement suédoise. Où là, précisément là, tu bascules dans une dimension parallèle ultra-flippante. 
     
    L’autour était largement constitué de masses masculines, sportifs et mecs d'affaires majoritairement, qui baragouinaient entre eux dans cette langue incompréhensible vaguement perdue entre l’anglais, l’ovni et le hollandais. 
     
    Tout à coup, je ne faisais plus du tout la maligne qui scandait à qui mieux-mieux que l'expat une fois, valait pour toutes. Une fois, et puis on est blindé. Tu parles, Charles.
     
    Si je pouvais rembobiner, je t'assure que j'irais me flanquer un pain dans la poire à cet instant précis, et fissa. Parce que tout ça s'est rapidement avéré complètement faux, parce que j'étais absolument à côté de la plaque. Ou peut-être était-ce alors une tentative d'auto-persuasion. Douloureusement vaine, la persuasion.
     
    Arrivée à destination, j’ai été accueillie par un grand bonhomme baraqué, type rugbyman, immense brun aux cheveux mi-longs et aux yeux pâles qui, dans un large sourire a formulé un « bonne soal » que je n’ai pas compris tout de suite (hashtag cinqheuresdevol).
     
    Ceci dit, ça change nettement du britannique qui te fusille du regard quand il devine ta nationalité sur ton passeport ou dans ta façon de racler les R (en même temps, cette haine est quelque peu justifiée par cet assaut incessant d’expates français à Londres; si j’étais anglaise ça me pèterait tout autant les couilles).
     
    Tout ça pour dire que si le suédois est French-friendly, c’est pas pour autant que je me sente tout de suite super à l’aise.
     
    Pour l’instant, c’est même complètement l’inverse.
     

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    Lorsque je rentre au bercail, c’est toujours avec la même idée derrière la tête. Huit ans, le même scénario. Et puis en réalité, rien. Le vide, le silence, l’absence. Jamais rien.

    Alors je fuis, loin, de plus en plus loin d’ailleurs. Histoire d’oublier, de passer enfin à autre chose. Alors je vis, je ris, j’embrasse, je fais l’amour, j’essaie d’effacer ce souvenir persistant.
     
    Huit ans et c’est toujours là, tenace. L’espoir et le désir intacts, malgré la vie, malgré l’espace, malgré le vide, le silence, l’absence.
     
    Cette fois, j'ai tellement cru que ça serait différent. Parce que j'ai tendu la main et qu'il l'a effleurée.
     
    D'ailleurs cette fois, c'est peut-être même encore pire.
     

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  • Une lueur lointaine qui peine à s’évanouir dans le néant.

    J’ai beau insister et souffler dessus de toutes mes forces, on la voit poindre à l’horizon, fébrile.

     


     



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  • Les débuts d’années m’ont toujours fait grincer des dents. Certes, un répit non négligeable s’installe doucement après le tourbillon des fêtes, mais voilà, j’aime pas Janvier. 

    Peut-être parce que je fais partie des impatients qui veulent tout, tout de suite, entrer dans le vif du sujet, arrêter de tourner autour du pot. 

    J’aime pas la lenteur, ni les situations stagnantes.

    Celles qui obligent à une certaine introspection, digérer les évènements avant d’agir posément. Non. J’aime agir avec fougue, passion, n’importe comment. 

    On m’avait dit, tu vas voir, après la merdeuse deux mille quatorze, le rayonnement deux mille quinze. 

    Ben, j’attends. Dans les limbes, j’attends.


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