Je viens de finir la Métaphysique des tubes d'Amélie Nothomb. Roman autobiographique, qui dépeint avec humour la vie de 0 à 3 ans de l'auteur.
Il y a un passage qui m'a particulièrement marquée : celui où Melle Nothomb relate l'épisode où, à 3 ans, elle tombe dans le lac où elle venait nourrir ses carpes, et manque de se noyer. Elle frôle la mort, et se rend compte qu'elle n'en a plus peur.
Delà, elle évoque le suicide et propose une hypothèse intéressante à ce sujet.
Extrait :
" En 1945 à Okinawa, île du sud du Japon (...) juste après la capitulation. Les habitants d'Okinawa savaient que la guerre était perdue et que les Américains, déjà débarqués sur leur île, allaient marcher sur leur territoire entier. Ils savaient aussi que la nouvelle consigne était de ne plus se battre.
(...)
Leurs chefs leur avaient dit, naguère, que les Américains les tueraient jusqu'au dernier; les insulaires en étaient restés à cette conviction. Et quand les soldats blancs ont commencés à avancer, la population avait commencé à reculer.
(...)
Et ils étaient arrivés à l'extrémité de l'île, qui se terminait en une longue falaise abrupte surplombant la mer. Et comme ils étaient persuadés qu'ont allait les tuer, l'immense majorité d'entre eux s'étaient jetés dans la mort du haut du promontoire.
La falaise était très élevée et, en dessous d'elle, le rivage était hérissé de récifs tranchants. Aucun de ceux qui s'y sont précipités n'a survécu. Quand les Américains sont arrivés, ils ont été horrifiés de ce qu'ils ont découvert.
(...)
Il est probable que la plupart d'entre eux se soient suicidés par crainte d'être torturés. Il est vraissemblable aussi que la splendeur de ce lieu a encouragé beaucoup d'entre eux à commettre cet acte qui symbolisait la superbe patriotique.
Il n'en reste pas moins que l'équation première de cette hécatombe est celle-ci : du haut de cette magnifique falaise, des milliers de gens se sont tués parcequ'ils ne voulaient pas être tués, des milliers de gens se sont jetés dans la mort parcequ'ils avaient peur de la mort. Il y a là une logique du paradoxe qui me sidère.
Il ne s'agit pas d'approuver ou de désapprouver un tel geste. cela leur ferait une belle jambe, d'ailleurs, aux cadavres d'Okinawa. Mais je persiste à penser que la meilleure raison, pour se suicider, c'est d'avoir peur de la mort."