Entgen Luijten a vraiment existé au XVIIè siècle, et comme tant d'autres, elle a été accusée de sorcellerie. Procès, tortures, ignorance et coups bas : les mentalités ont-elles réellement évolué depuis ?
On peut y voir là un r
écit féministe mais je préfère aller au-delà de ces stigmatisations. En effet, ce qui m'intéresse est de constater à quel point l'image de la Sorcière est mal comprise et malmenée, interprétée à torts et à travers sous le prisme de mythes et de fantasmes servant des idéologies toutes plus discutables les unes que les autres. Oui : à qui profite le crime ? Telle est l'éternelle question.
La sorcellerie n'est en rien surnaturelle ou paranormale, ôtons-nous toutes ces idioties de la tête : c'est une métaphore.
Ainsi, en combinant le verbe, les éléments (ou conditions environnementales) et l'action, la sorcellerie permet d'accomplir un objectif, de mener à terme une intention, un projet. Cela n'a rien de sorcier, si ?
Tout cela n'est donc que pur bon sens ! Un bon sens que nous avons un mal fou à appliquer quand on voudrait que tout nous tombe dans le bec sans fournir le moindre effort.
Les onguents, sortilèges et autres potions : s'ils nous offrent une littérature intéressante, nourrissant notre imaginaire, redescendons néanmoins sur Terre !
Si ces choses-là existent bel et bien, elles relèvent toutefois d'une réalité loin du fantasme qu'on s'en fait.
Les onguents de guérisseuses : qu'étaient-ils sinon un palliatif aux soins médicaux alors réservés à une caste qui avait les moyens de les payer ?
Et le sortilège : qu'est-il d'autre sinon la définition claire et précise d'une intention (bonne ou mauvaise) conduisant une action ?
Quant à la potion magique, là où le folklore nous embarque dans des extrapolations saugrenues, traduisons-le par un assemblage d'outils : plantes médicinales, élixirs floraux, cristaux, tarots et oracles, pendule, méditation, yoga, écriture inspirée, ect. Chacun y trouve son compte, il en existe des tas !
Toujours est-il que ces pratiques — combinées ou non — permettent de se relier à notre vérité intérieure (qui suis-je et qu'ai-je envie d'accomplir ?) en nous accompagnant vers la prise de conscience, c'est à dire un changement de perspectives.
De la même manière, lorsque les alchimistes évoquent la transformation du plomb en or, c'est bien de cette élévation de conscience dont il est question : changer de point de vue sur une situation a priori négative et en tirer un enseignement positif. En d'autres termes : transmuter l'ombre en lumière.
Les initiés ont du crypter ces informations pour la bonne et simple raison qu'un libre penseur constitue une menace pour tous ceux qui ont a tirer profit d'une quelconque manipulation de l'opinion publique.
Ainsi, dans un monde où les êtres humains pensent que tout ce qui leur arrive leur tombe sur le coin de la tête, la sorcellerie remet au centre la responsabilité de chacun. Elle nous dit : "Si tu le veux, tu le peux".
En lisant le récit d'Untgen Luijten, cet adage populaire me revenait constamment en tête : "Fait du bien à Bertrand, il te le rend en chiant". Ce qui résume parfaitement la triste histoire de toutes ces femmes accusées à tort de crimes surréalistes. Lorsque les choses tournent mal, il faut bien trouver un coupable, n'est-ce pas ?
Ainsi, peut-on vraiment se targuer que les siècles nous aient profondément changés ?
Aujourd'hui que je suis moi-même accusée, je ne suis plus aussi convaincue de l'existence des sorcières. Peut-être même que le diable n'existe pas. Quoiqu'il en soit, le côté diabolique que j'ai rencontré durant ma longue vie se nichait toujours chez les gens pieux eux-mêmes. Il perçait sous une couche de politesse et de belles paroles, mais était néanmoins aussi noir que le pire mal. Orgueil, avarice, jalousie, soif de pouvoir et paresse, j'ai vu ces vices qui ne se cachent pas à ceux qui ouvrent grand les yeux.
— La Sorcière de Limbricht, Susan Smit