• Les coquineries dans l'assiette

    Matinée maussade aux couleurs pâlies par un ciel au bord des larmes. Le marchand de sable n'est pas passé la nuit dernière et m'a laissée, seule et boudée des belles chimères.

    Derrière mon bureau de standardiste, j'ai collé une étiquette "sourire" sur ma figure tristounette minée par les blanches heures lunaires.

    La tête complètement à l'envers, j'ai souhaité tout bas mais très fort que mes supérieurs hiérarchiques fassent l'impasse sur mes erreurs de standardiste novice, car aujourd'hui la formation étant terminée, j'ai du me débrouiller seule.

    A midi, un jeune cadre de la société dans laquelle je travaille, m'a gentiment proposé de manger avec lui au restau. Je pensais, en acceptant, à mon casse-croûte qui dormait dans mon sac. Tant pis pour lui.

    Je ne sais pas si c'est le fait de rester des heures à me morfondre devant le standard qui fait démanger en moi une once de sociabilité, mais j'éprouve un besoin étrange de parler de tout et rien à n'importe qui.

    D'ordinaire, je suis amplement satisfaite par ces longs tête-à-tête avec ma musique. Paraît que travailler développe une certaine sociabilité. Allez savoir.

    Revenons-en à ce cher jeune cadre : vingt-cinq ans et plutôt mignon, ce qui ne gâche rien. J'ai donc traîné ma tenue de jeune mi-chiffon mi-débraillée dans un restau chinois en compagnie d'un costume-cravate plutôt sympa.

    Les quelques palabres échangées furent bien timides. Faut me pardonner je ne suis qu'une débutante en matière de sociabilité.

    Qui plus est, ce garçon est le genre de personne qui détourne son regard lorsqu'il parle ou que l'on s'adresse à lui. Ce genre de situation a le don de me mettre mal à l'aise. On ne sait jamais comment interprêter cette fuite de regard : "Est-ce un obsédé sexuel, un grand timide ou un hypocryte ?".

    Dans cette situation précise, je ne saurais l'interpréter.

    Du coup, quand on me met mal à l'aise je ne sais parler qu'en mode onomatopées ridicules. *Horrible*

    J'ai donc préférer savourer le silence en même temps que mon porc au caramel.

    Par ailleurs, je n'ai peut-être pas beaucoup parlé durant le repas, mais dans ma tête ça grouillait. Je me suis mise à repenser à une idée, certes idiote néanmoins amusante, qui consiste à associer le comportement alimentaire au comportement sexuel.

    Pas que je sois une vipère lubrique, mais l'espace d'un instant cette idée m'a fait sourire et je me suis donc amusée à détailler le bougre.

    L'oeil témoin a donc relevé : 

    1- Il aime manger (ça paraît peut-être évident, mais pas tout le monde aime se faire plaisir en mangeant)
    2- Il commande toujours la même chose au chinois (n'aime pas le changement ou en a peur)
    3- repas en trois actes : entrée, plat, dessert (ça veut dire ce que ça veut dire...)
    4- ni très rapide, ni lent à manger même si pressé par le temps (le temps de la pause déjeuner n'étant pas illlimité)
    5- mange proprement mais sans chichis
    6- même si sa glace est recouverte de caramel et qu'il n'aime pas ça, il la mange quand même.
    Bien que ce petit jeu perso m'ait bien amusée, j'ai tout de suite stoppé l'affaire quand j'ai commencé à me comparer à lui. *oups*


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :